Olivier's adventures in Wonderland

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26oct.

Le petit Olivier en thèse

Avertissement

On nous a souvent demandé ce que nous faisions comme travail de recherche. Malgré tous nos efforts pour rester vagues et un peu compréhensibles, nos parents, nos amis répliquaient invariablement à nos explications : "oui, oui..." en soupirant plus ou moins, plus intrigués que jamais. Aussi nous sommes-nous résignés à raconter aux masses étonnées non pas notre travail, mais ce qu'est la vie du thésard. Il semblerait que nous ayons réussi, à en croire les premières réactions.

Le petit Nicolas en thèse

Le Directeur de Thèse

Pour commencer une thèse, il faut avoir un patron. Un patron, c'est un monsieur très, très fort qui me pose un problème et qui va m'aider à le résoudre. Là, c'est mon patron photographié par Christian Mercatier-Bresson.

mon patron

La Recherche

Au début, c'est tellement compliqué, on n'y comprend rien.

compliqué

On peut passer des heures et des heures à chercher sans rien trouver. Dans ces moments-là, mon papa et ma maman sont drôlement inquiets et quand ma maman demande si c'était une bonne idée de faire faire une thèse au petit (c'est moi), mon papa ouvre la bouche sans parler, il agite les bras, et il s'en va lire le journal dans le salon.

recherche

La Découverte

Des fois, c'est super, parce que je découvre des trucs que mon patron m'avait demandés. Evidemment, ça peut arriver à n'importe quelle heure, et mes parents ne sont pas toujours ravis.

découverte

Ils se demandent si je ne deviens pas complètement fou, mais ma maman sait que mon papa n'aime pas qu'elle le lui dise.

fou

Moi, je trouve ça plutôt normal d'être content. D'ailleurs, quand mon patron trouve un théorème, il est super fier et ses copains (qui sont aussi des gens très, très forts) sont super contents de lui. Mais ça mes parents, ils ne le savent pas.

content

Des fois aussi, ça se passe mal, parce que je me trompe. Et quand je me trompe, avec mon patron, ça ne rigole pas, mais alors pas du tout. "Regardez-moi dans les yeux, Nicolas", il me dit, pas content du tout. "Vous appelez ça du travail, peut-être ?" qu'il me demande. Eh ben, là, ça a l'air d'une question, mais il ne faut surtout pas répondre, parce que sinon, il se fâche tout rouge!

quand je me trompe

Les Séminaires

De temps en temps, un monsieur très, très important et vachement fort (mais pas aussi fort que mon patron, quand même) vient nous parler de trucs super-compliqués. ça s'appelle un séminaire, et pendant un séminaire, ça ne rigole pas non plus. Quand le monsieur a fini de parler, mon patron lui pose des tas de questions très compliquées, et il ne sait pas toujours répondre. Et là c'est pas juste, parce que lui, il ne se fait pas disputer!

séminaire

La Soutenance

Quand j'aurai fini, il y aura une grande cérémonie avec plein de gens très, très forts (il y aura même d'autres patrons, c'est dire) et il y aura un vieux monsieur très, très important qui me dira que c'est très bien, mon petit, les chemins de la Recherche me sont glorieusement ouverts et je suis l'honneur de mes parents et l'orgueil de mon pays, et tout le baratin. Et après, il y aura un super goûter avec tous mes amis. Génial!

soutenance

Et quand il lira tout cela dans le journal, mon papa sera très fier et ma maman sera tellement contente qu'elle me servira deux fois de la crème renversée, mon dessert préféré. C'est vraiment super, une thèse, à la fin!

fierté

La Gloire

D'ailleurs les filles, ça les impressionne drôlement de savoir qu'on a fait une thèse de mathématiques et qu'on a trouvé des tas de théorèmes compliqués et tout, et tout. Même la maman de Marie-Edwige, elle me fait des grands sourires maintenant, alors qu'elle trouvait que j'étais un petit garçon très turbulent.

la gloire

Dessins : J.J. Sempé
Formules : Y. Bugeaud - M. Mignotte - F. Normandin
Texte : G. Taviot
Mise en page : G. Taviot, A. Maes

Mis à part que je ne fais pas une thèse de doctorat mais de mastère, je trouve que cette sympathique description de la vie d'un thésard par Arnaud Maes résume assez bien mon boulot :)

16oct.

Postgraduate Induction Workshop

Vendredi a eu lieu le "Postgraduate Induction Workshop", organisé par Professor Phillips, directeur de recherche pour les postgraduates, et accessoirement mon superviseur. Il s'agissait de présenter différents aspects du travail de recherche (en informatique bien sûr) et de nous donner des conseils. Le programme de la journée était, disons... pas violent :

  • 11.30 - 12.30 : Session 1
    Postgraduate Research in Computer Science
    Supervisory Panel Procedures
    Personal Development Plans
    Post Graduate Training
  • 12.30 - 13.30 : Lunch
  • 13.30 - 14.30 : Session 2
    Writing a Thesis
    Intellectual Property
    Postgraduate Representation
  • 14.40 - 15.00 : Coffee
  • 15.00 - 16.15 : Session 3
    PhD Research Question Time
    Concluding Remarks

Les deux principaux événements de la journée étaient probablement le déjeuner et le café :)

Tout ceci mis à part, les interventions/discussions étaient plutôt intéressantes. En fait il s'agissait principalement de présenter un certain nombre de composantes de la recherche informatique aux étudiants nouveaux dans le département, et particulièrement aux doctorants (les PhD students). En effet la plupart des présentations étaient clairement destinées aux PhD, ce qui est plutôt normal étant donné que sur une trentaine d'étudiants répartis dans les différents laboratoires, il n'y a à ma connaissance que 4 MSc (dont nous trois de l'IIE). Pour un laboratoire de recherche, un MSc n'est (en général) intéressant que dans la mesure où il est potentiellement un futur PhD : là où un MSc apprend à faire de la recherche et amasse une certaine quantité de connaissances sur un sujet précis, un PhD est censé faire avancer l'état de l'art dans le domaine auquel il s'intéresse, c'est-à-dire contribuer à la connaissance commune en publiant des résultats novateurs. Il y a cependant des exceptions, des MSc qui arrivent eux aussi à développer des concepts/applications vraiment novateurs.

La plupart de ce qui a été dit ne nous concernait donc pas directement, et à ce titre certaines sessions étaient vraiment longues (et puis à ne pas avoir de cours du tout, on perd l'habitude d'écouter passivement des gens parler pendant plus d'une demi-heure). En revanche cette journée m'aura permis d'avoir un bon aperçu de ce que peut-être un doctorat, et plus ou moins confirmé dans l'idée que : un doctorat après mon master, pourquoi pas, mais uniquement si les conditions (financement principalement) sont bonnes et surtout, surtout, il faudra que le sujet de recherche me passionne. Je ne suis pas prêt à prendre la première proposition venue dans n'importe quel domaine de l'informatique si c'est juste pour rajouter un titre de docteur sur mon CV (ça en jetterait quand même!). Affaire à suivre...

Et l'autre point très positif de cette journée, c'est évidemment d'avoir passé une bonne partie du temps à écouter des gens parler anglais (et la plupart du temps à les comprendre, ce qui n'était pas forcément évident pour certains...), et d'avoir pu (un peu) discuter avec certaines personnes du labo. Même si je commence à me sentir à l'aise en conversation, il y a encore (beaucoup) de boulot avant de vraiment maîtriser la langue!

30sept.

Un chercheur sachant chercher...

Voici un article qui devrait rassurer les gens qui pensent que je suis en pleine année sabbatique (quoique ça ne me déplairait pas...).

Et oui, je suis venu à Hull pour... travailler! Etonnant, non? Mais faire quoi au juste? Dans le cadre de ma troisième année d'école d'ingénieur, il existe un partenariat entre l'IIE et le département informatique de l'Université de Hull qui permet chaque année à trois élèves de l'IIE de venir faire de la recherche à Hull et ainsi d'obtenir un double diplôme : le diplôme d'ingénieur bien sûr, et un Master of Science by research de l'Université de Hull (rien que ça!). Outre le fait que ça me permet de passer une année le plus loin d'Evry possible (jamais deux sans trois, c'est pas pour moi!), c'est une expérience enrichissante sur bien des plans : informatique évidemment, linguistique, et surtout culturel. Comme je l'ai dit précedemment, je suis sur un campus de 18000 étudiants dont 2000 étrangers!

Le département informatique de l'Université de Hull est surtout réputé pour son laboratoire de Simulation et Visualisation, plus spécifiquement pour son environnement immersif de réalité virtuel tout nouveau, le HIVE, une grande salle équipée de joujoux high-tech pour faire de la réalité virtuelle à grande échelle. Et ça tombe bien, c'est justement dans ce laboratoire que je vais passer un an.

Du matériel de folie

Au labo de SimVis, on peut trouver des OVNI comme ça...

Du matériel de folie

...ou bien encore comme ça (ceci est un écran parabole
qui permet d'immerger l'utilisateur dans un monde 3D).

Concrètement, je vais travailler sur la segmentation d'images et les possibles applications dans un environnement virtuel avec réponse haptique. Ahaha, ça vous avance bien tout ça, hein? Bon d'accord j'explique, mais attention prenez des notes je répéterai pas! La segmentation d'images, c'est le procédé qui consiste à retrouver de manière algorithmique les contours d'une image afin de déterminer des zones. Le premier exemple pratique qui me vient à l'esprit, c'est retrouver les contours d'un organe sur une image prise par IRM, et toutes les applications que ça peut avoir dans le domaine médical. Il existe des algorithmes qui font ça plus ou moins bien selon la qualité de l'image, mais en règle générale après il faut toujours une intervention humaine pour affiner le résultat. Et moi, en gros je vais voir si on ne peut pas faire la même chose en 3D (sur une image en volume) avec une réponse haptique. Kézako?

L'haptique c'est la science qui consiste à reproduire de manière mécanique les sensations de toucher (formes, surfaces, résistance, texture...) pour compléter le rendu visuel et sonore d'un environnement virtuel. Le plus basique des équipements haptiques c'est probablement le volant à retour de force (en une seule dimension), puis on trouve des joysticks à retour de force (en 2D, les principales applications étant les jeux), et enfin on passe aux choses sérieuses avec les équipements qui offrent des sensations en 3 dimensions, avec 3 ou 6 degrés de liberté. La machine sur laquelle je vais travailler est un Phantom à 6 degrés de liberté, monté sur une machine appelée Reachin Device qui permet de visualiser les objets en 3D à l'endroit où on les sent, à l'aide de lunettes de vision 3D.

Reachin Device

Le Reachin Device, combinaison d'un Phantom à 6 degrés de liberté
avec un écran qui projette une image stéréo visible avec des lunettes 3D,
et un miroir permettant de localiser les objets au même endroit
pour les yeux et les mains!

Tout ça donc pour travailler sur la "sculpture" de volumes représentant les frontières d'organes obtenues par segmentation d'image et permettre d'affiner les résultats automatiques. La réponse haptique pourrait permettre de ressentir le volume pour rendre la retouche intuitive, et/ou guider l'utilisateur dans ses mouvements.

Reachin Device

Le stylet haptique du Phantom, devinez à qui
appartient la main dessus...

Si après ça on dit que je ne travaille pas...

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